LA TELEVISION PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

Fernsehsender Paris

 

 

1939, le 3 septembre, c'est la déclaration de guerre, la France arrête ses émissions de télévision, le studio de Grenelle est donc laissé à l'abandon, l'émetteur de la tour Eiffel a été saboté, juste avant l'entrée des allemands dans la capitale.

 

Le 20 mai 1942, un ordre est adressé au commandant militaire en France pour remettre en service l’émetteur de la Tour Eiffel mais selon des modalités bien particulières.

Depuis le début des hostilités le studio de Grenelle est laissé à l'abandon, c'est l'occupant qui va redémarrer un service de télévision à Paris, en mai 1943, en vue de distraire ses blessés de guerre soignés dans les hôpitaux, ce sera " Fernsehsender Paris ", l’initiative de ce projet revient à Kurt Hinzmann. Après un passage à la radio en tant que speaker sportif, Kurt Hinzmann devient sous-directeur de la télévision allemande.

Les locaux de la Compagnie des compteurs, rue de Grenelle, déjà exigus avant-guerre, ne peuvent convenir à la nouvelle station de télévision que les autorités allemandes voient comme « un axe pour la nouvelle Europe ».

 

Un  studio est aménagé 15 avenue Charles Floquet dans l'ancienne ambassade de Tchécoslovaquie juste à côté de la tour Eiffel, mais il est juste bon pour des essais, au pied de la tour Eiffel. La scène mesure à peine 4,5m sur 5,5m. Ces bâtiments ne servent qu’à des expérimentations et à former les techniciens français qui, pour la plupart, n’ont jamais travaillé à la télévision.

Néanmoins, pour tenir ses engagements, Hinzmann ne peut se contenter d’un espace aussi réduit, il cherche donc de nouveaux locaux. Il jette d’abord son dévolu sur le théâtre des Champs-Élysées, puis le palais de Tokyo, mais les projets sont écartés en raison de l’importance des travaux nécessaires.

 

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Ancien dancing le Magic City, rue de l’Université    La salle de bal est entièrement rénovée

 

Après plusieurs autres visites de bâtiments parisiens, Hinzmann découvre l’ancien dancing le Magic City, rue de l’Université. Il fait réquisitionner l’immeuble, ainsi qu’un garage abandonné qui le jouxte et un immeuble bourgeois rue Cognacq Jay. Il dispose ainsi d’une surface de 5000 m². Les propriétaires des lieux sont expropriés le 17 juillet 1943, l’installation a lieu le 28 juillet.

La salle de bal est entièrement rénovée, insonorisée et câblée. Tout ce qui est nécessaire à une station de télévision (régie, loges, scène, atelier de menuiserie, bureaux administratifs) est installé.

 

 

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Indicatif sonore        « Sur le pont d’Avignon »

Kurt Hinzmann

 

30 septembre 1943, la télévision est lancée officiellement, alors que des programmes sont diffusés depuis le 7 mai.

Au-delà de l’installation dans de nouveaux locaux, la télévision de la seconde Guerre Mondiale va connaître des avancées techniques, sur le plan du matériel et de la prise de vue.

Les studios sont équipés de nouvelles caméras électroniques du type Fernseh. Le programme est retransmis avec 2 caméras à iconoscope et deux analyseurs de film avec “ dissector “ de Farnworth de la Fernseh AG qui auraient dû servir aux Jeux Olympiques d’Helsinky annulés en 1940.

 

Jusqu’en novembre 1943, c’est le télécinéma qui est la base des programmes de Fernsehsender Paris, mais le stock de films n’est pas inépuisable et pour les employés de la station, le télécinéma n’est pas de la télévision. Il est donc décidé de donner de l’ampleur au direct. Cet usage du direct nécessite la création de nouveaux programmes (abordés dans la troisième partie) et une nouvelle organisation du plateau. On décide même de tourner des reportages en extérieur qui peuvent être diffusés en direct : pour cela, on prévoit l’implantation d’un réseau de câbles dans l’ensemble de la capitale pour que les reportages soient retransmis immédiatement.

Une évolution des décors est indispensable, ils sont montés en demi-cercle pour faire face à cinq caméras. Peter Horn, ancien comédien, un des réalisateurs attitrés de la station, défini ainsi les décors : « Les décors doivent de préférence être d’une construction onduleuse, afin de donner des perspectives toujours changeantes et pour qu’ils augmentent la plasticité de l’image. Des escaliers, des marches, des colonnes, des pilastres, des couloirs, des voûtes, des niches donnent de bonnes images. » Il s’intéresse aussi au son et au mouvement des caméras.

Pour lui, le son doit être différent en fonction du contexte de la scène jouée, pour cela il préconise des décors de différentes hauteurs qui ne produiront pas le même effet sonore.

Enfin, les mouvements de caméra jouent un rôle très important, c’en est fini de la caméra fixe. Pour un même programme, on peut utiliser jusqu’à cinq caméras, toutes mobiles, afin de montrer des détails et non des vues d’ensemble.

Cette télévision dont le générique d'ouverture des programmes est celui de la chanson  "Sur le pont d'Avignon"  et celui de fin une chanson de Lilly Marlène.

 

Les récepteurs de télévision disponibles en France étant réservés aux hôpitaux militaires ou aux officiers allemands, la nécessité d’une propagande envers la France occupée n’existait pas. Seuls quelques rares privilégiés qui détenaient un poste avant-guerre recevaient les images de Fernsehsender Paris, pour le reste de la population parisienne, l’existence même de cette station de télévision était inconnue. De plus, Kurt Hinzmann, qui s’était toujours abstenu d’adhérer au parti National Socialiste, tenait absolument à maintenir la concorde parmi ses employés Français et Allemands, ce qui était possible en l’absence de propagande.

L’accent fut donc mis sur des programmes de divertissement de toutes sortes.

Les premiers programmes présentent des spectacles de danse, de marionnettes, des récitations de textes ou de poésies et des pièces de théâtre jouées par des comédiens de la Comédie Française ou de l’Opéra-Comique. . De nombreux artistes français tels Mouloudji, Serge Lifar,  Jacques Duphilo et d'autres se succèdent sur les planches de la rue Cognacq Jay, pour animer ces émissions de propagande. Henri Cochet  un des quatre "mousquetaires" donne des leçons de tennis, le boxeur Georges Carpentier initie au "noble art". L’équipe française comprend un petit nombre de techniciens encadrés par des soldats et officiers allemands.

 

 

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Les cousines de Johnny

Quelques danseuses sous la conduite du chorégraphe Serge Lifar dans les studios rue Cognacq-Jay

 

 

Un des réalisateurs de l'époque Jean-Michel Smet, ancien danseur du théâtre de la Monnaie de Bruxelles, est plus connu à l'heure actuelle pour être le père de Johnny Halliday. Il ne reste de  cette expérience aucun enregistrement, seulement quelques photos, et un court document, 15 secondes sur support film, réalisé par les Actualités Françaises,  présentant cette nouvelle télévision et montrant quelques danseurs sous la conduite du chorégraphe Serge Lifar.  Paradoxe de l'histoire, ces programmes  ne sont pas regardés uniquement dans quelques hôpitaux de la région parisienne par des soldats allemands, mais aussi par les anglais qui captent les émissions parisiennes depuis Londres.

 

A la fin de l’année 1943, la chanson et le cirque font leur apparition à l’antenne ; le cirque prendra une place prépondérante car il évite le problème du bilinguisme. Des noms prestigieux du cirque travaillent à Fernsehsender Paris pendant cette période : les Medrano, les Bouglione, les Fratellini ; on découvre de nouveaux talents comme Alex et Zavata ou encore le duo Pipo et Rhum. Tous ces artistes sont sous la houlette de Gilles Margaritis, qui, après la seconde Guerre Mondiale, présentera la Piste aux Etoiles.

La musique joue aussi un rôle important, seule ou en accompagnement. Un orchestre permanent de vingt-quatre musiciens travaille à Fernsehsender Paris. Kurt Hinzmann n’hésite pas à faire jouer la musique exécrée des autorités allemandes, le jazz

Quelques actualités passent à l’antenne, mais de façon très restreinte (seulement deux fois par semaine). Elles sont envoyées par le service des actualités de Berlin et ont pour but de maintenir le moral des troupes.

Des émissions totalement nouvelles font leur apparition, c’est le cas du télédrame, conçu spécialement pour la télévision, y compris dans sa durée qui est de cinquante minutes (la norme actuelle des séries télévisée est de cinquante-deux minutes). On invite également des sportifs pour qu’ils donnent un aperçu de leur talent : par exemple le boxeur Georges Carpentier et le tennisman Henri Cochet.

 

Enfin, c’est le début des interviews ; dans l’émission Le bar de la télévision, Marc Chauvierre se déplace de table en table pour discuter avec ses invités, ce que l’on retrouve dans des émissions actuelles.

Cette station qui refuse la propagande et qui regroupe plus de cent vingt employés de vingt nationalités différentes ressemble à une tour de Babel.

Allemands ou Français, les employés de la station ont tous conscience, Hinzmann le premier, que ce travail constitue un refuge, on ferme donc les yeux sur les origines et les courants politiques du personnel.

Ainsi, Hinzmann embauche une speakerine d’origine juive, à la seule condition qu’elle change de prénom (Myriam devient Marianne), des déserteurs et des prisonniers de guerre évadés. Au sein de l’entreprise on trouve également un anarchiste berlinois, mais il ne semble pas que Hinzmann ait été au courant de ses engagements politiques.

Hinzmann, agissant en francophile plus qu’en officier de l’armée allemande, signe de nombreux certificats de complaisance afin d’éviter le STO à certains français, que ceux-ci travaillent ou non pour Fernsehsender Paris. C’est le cas de l’acteur Jacques Dufilho, du marionnettiste Jacques Chesnais ou encore de l’acteur Olivier Bernard (ce dernier obtient son certificat alors qu’il ne travaille plus pour la télévision).

Parmi les employés, on trouve aussi quelques résistants tels Stéphane Mallien, directeur technique, ou encore Yves Angel, directeur du service d’études et installations techniques (il devait normaliser les signaux et les équipements pour l’après-guerre ; en même temps il installe des émetteurs clandestins destinés aux premières diffusions d’une radio libérée dans Paris).

 

Le samedi 12 août 1944 à 23h30, Fernsehsender Paris interrompt définitivement ses programmes. Le 17 août, ordre est donné à Hinzmann de détruire l’émetteur de la tour Eiffel, au risque d’endommager le monument, ce qu’il refuse. Le 19, il quitte Paris avec l’aide de la Résistance, qui lui fournit un camion afin de transporter le matériel prêté par la Reichspost.

A son arrivée en Allemagne, il est recherché pour dix-neuf chefs d’inculpation (refus d’obéir à l’ordre de destruction de l’émetteur, protection consciente de Français évadés des camps de prisonniers, communistes ou gaullistes, production de certificats de complaisance pour échapper au STO, …). Caché par des amis et employé comme ingénieur à Interradio, il travaille aux laboratoires Telefunken, qui le 5 avril 1945 sont sous administration américaine.

 

Bon nombre d’employés de Fernsehsender Paris témoignent en sa faveur, ce qui lui permet de revenir en France pour travailler au centre national d’étude des télécommunications.

Les artistes et techniciens français ayant travaillé pour la télévision passent devant le comité d’épuration, qui est relativement clément à leur égard, leur infligeant entre trois et huit mois d’interdiction de travailler.

D’un point de vue statutaire, le comité français de la libération nationale crée le 4 avril 1944 une direction de la radiodiffusion nationale qui relève de nouveau du droit public, les studios de Cognacq Jay sont loués à l’industrie cinématographique. La télévision française se remet difficilement au travail alors qu’elle possède le studio le plus important et le personnel le mieux formé de l’après-guerre.

 

 

 

 

 

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